L'IA qu'on n'a pas choisie
Écrit pour Tout le monde Pas besoin de connaître la tech.
Un professionnel de santé nous a dit qu'il n'utiliserait jamais l'IA. Il travaille sur Gmail. Voilà pourquoi ça nous a fait réfléchir.
Il y a quelques semaines, on a mené une enquête auprès de professionnels pour préparer Hirondelle. Un professionnel de santé nous a coupé net : « Jamais je n'utiliserai l'IA dans mon activité. »
Il nous a répondu depuis une adresse Gmail.
On ne raconte pas ça pour se moquer. Il a la même réaction que beaucoup de gens, et elle est saine. Mais elle passe à côté d'une chose : l'IA est déjà dans ses outils. Elle y est entrée sans frapper.
Elle est arrivée sans qu'on la demande
Il y a encore deux ans, utiliser une IA était un choix. On ouvrait ChatGPT, on posait une question, on fermait l'onglet.
Aujourd'hui c'est l'inverse. L'IA vient s'installer dans les logiciels qu'on utilise depuis des années.
Gmail en est le meilleur exemple. Depuis janvier 2026, Google y déploie Gemini : résumés de conversations, réponses toutes faites, et bientôt une boîte de réception triée par l'IA. Ça a commencé aux États-Unis et ça s'étend pays par pays. En Europe, Google doit demander l'accord de l'utilisateur. Ça prend la forme d'une fenêtre qui s'affiche une fois, qu'on valide pour accéder à ses mails, et qu'on ne revoit jamais.
Microsoft a fait pareil avec Copilot dans Word, Excel et Outlook. WhatsApp a ajouté Meta AI sous forme d'un bouton qu'on ne peut pas retirer. Sur ses nouveaux PC, Windows propose de photographier votre écran toutes les quelques secondes pour que vous puissiez « retrouver » ce que vous faisiez.
À chaque fois, la fonction arrive allumée, ou dans un parcours où dire oui est le chemin le plus court. Dire non demande de fouiller les réglages.
Le problème, ce n'est pas l'IA
C'est ce qu'il faut lui donner pour qu'elle serve à quelque chose.
Pour résumer un mail, elle doit le lire. Pour proposer une réponse, elle doit comprendre toute la conversation. Pour trier votre boîte, elle doit tout analyser. Une IA dans votre messagerie a donc accès à l'intégralité de vos échanges.
Si vous êtes un particulier, c'est votre affaire. Si vous êtes avocat, comptable, médecin ou artisan, ces échanges ne sont pas les vôtres. Ce sont ceux de vos clients.
Et là, quelques questions simples deviennent gênantes.
Où part le contenu ? Pas sur votre ordinateur. Sur les serveurs de Google, où il est analysé avant que la réponse ne revienne. Google promet de ne pas s'en servir pour entraîner ses modèles, et on n'a pas de raison d'en douter. Mais le mail a quitté votre machine.
Sous quel droit ? Google est une entreprise américaine. Depuis 2018, une loi appelée CLOUD Act permet aux autorités des États-Unis de lui demander des données, même stockées en Europe. Ce n'est pas un scénario de film, c'est le cadre légal normal.
Qui a dit oui ? Vous, peut-être, en cliquant sur la fenêtre. Vos clients, non. Le RGPD demande d'ailleurs qu'un professionnel ait un contrat avec le prestataire qui traite ses données. Gmail gratuit n'en propose pas. Et pour la santé, la loi française exige un hébergeur certifié HDS. La version professionnelle payante de Google l'est. Le Gmail gratuit, non.
Notre interlocuteur, qui échange avec ses patients depuis cette adresse, avait raison de se méfier. Il regardait juste du mauvais côté.
Ce qu'on a fait avec Hirondelle
Hirondelle est un client mail avec un assistant intégré. Il trie, résume, aide à répondre. Exactement le genre de fonctions dont on vient de décrire les travers.
On aurait pu faire comme tout le monde. On a fait autrement, et on préfère le dire clairement plutôt que de l'enterrer dans des conditions générales.
L'assistant ne fait rien tout seul. Pas de résumé à l'ouverture, pas d'analyse en fond de tâche. Il agit quand vous le lui demandez, et vous savez à chaque fois quel contenu est envoyé au modèle.
Les modèles sont européens. On travaille avec Mistral, une entreprise française. Ce n'est pas une garantie absolue, personne n'en offre, mais c'est un autre droit et donc d'autres règles.
Les données sont hébergées en France, chez un hébergeur certifié HDS. Certains de nos utilisateurs traitent des données de santé, alors on s'est aligné sur l'un des niveaux d'exigence les plus élevés. Et on ne compte pas s'arrêter là : la prochaine étape, c'est SecNumCloud, la qualification de l'ANSSI qui garantit en plus que les données restent hors de portée des lois extra-européennes.
Le chiffrement est activé par défaut, pas proposé en option.
Ça ne rend pas Hirondelle parfait. Ça rend nos choix visibles, ce qui nous semble être le minimum quand on vous demande de nous confier votre correspondance.
Pour finir
L'IA a besoin de vos données pour fonctionner. La vraie question, c'est qui décide de cet accès, et où ça se passe.
Dire non à l'IA ne règle rien : elle est déjà dans Gmail, dans Word, dans WhatsApp. Ce qui protège, c'est de savoir ce qu'on utilise et de le choisir.
C'est ce qu'on essaie de rendre possible.
N'hésitez pas à consulter les sources pour en savoir plus, belle journée à tous, André.